Ados et alcool : Quand s'inquiéter ? Hauts-de-Seine

Jeudi soir, à Rouen. Le bureau des étudiants de l’ESC (Ecole supérieure de commerce) a préparé une soirée.

Entreprises Locales

(Les données locales ci-après sont fournises par toutlocal.fr.)

Billoré Hélène
01 47 58 70 33
51 Rue Aristide Briand
Levallois Perret, Hauts-de-Seine
Dimitrijevic Nathalie
01 49 09 00 56
33 Place Ailes
Boulogne Billancourt, Hauts-de-Seine
Guegnault Pierre
01 46 32 61 49
8 Bis Avenue Léon Blum
Plessis Robinson (Le), Hauts-de-Seine
Rémacle de Isabelle
01 49 11 01 34
13 Rue Pasteur
Saint Cloud, Hauts-de-Seine
TASSEL ISABELLE FRANCOISE THERESE
06 63 04 55 80
103 Rue cerisiers
Colombes, Hauts-de-Seine
Augris-Torty-Droulers Françoise
09 51 68 80 28
11 Rue Bourgneuf
Antony, Hauts-de-Seine
Caussade Anne
01 55 63 91 34
47 Rue Voltaire
Levallois Perret, Hauts-de-Seine
Dubreuil Marthe
01 43 50 08 74
9 Rue Boris Vildé
Fontenay aux Roses, Hauts-de-Seine
Jasion Fabien
01 47 80 58 48
50 Boulevard République
Garenne Colombes (La), Hauts-de-Seine
Steinberg Elisabeth
09 50 33 66 77
14 Rue Pasteur
La Garenne Colombes, Hauts-de-Seine
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Au menu, un before (« avant »). « On boit chacun environ une dizaine de bières ou de la vodka. A minuit, on est juste un peu éméchés. On part en discothèque. » Vincent, première année à l’ESC, a 20 ans. « Dans la boîte, poursuit-il, c’est open bar. Vodka-pomme, vodka-orange, whisky-Coca, bières. En moyenne, cinq quinze verres bien remplis, jusqu’à 5 heures du matin. » Boire est une condition pour s’amuser. « Si je ne bois pas, ma soirée est ratée. Je suis timide, l’alcool, ça m’aide », avoue-t-il. Des comas éthyliques ont déjà eu lieu, qui ont nécessité l’intervention des pompiers. « Rien de grave, affirme pourtant le jeune homme. Ils ont passé la nuit à l’hôpital et voilà. Il faut savoir se limiter, le critère, c’est de pouvoir aller en cours le lendemain matin. »

Vincent n’est pas une exception : qu’il s’agisse de l’élite estudiantine – Polytechnique, Centrale, Normale sup –, des collégiens ou des élèves de lycées professionnels, la démarche est la même. Pas d’esthétisme du bon vin (que les ados détestent), pas de partage de l’alcool avec les adultes. On boit pour se défoncer les fins de semaine. Pour se « laver la tête ». Pour se précipiter dans un état second (quitte à finir « mort »). Paradoxalement, les adolescents n’aiment pas le goût de l’alcool. Ce qui les pousse vers les boissons très sucrées – d’où le succès des « prémix » (lire plus bas) – sans saveur alcoolisée !

En première ligne des conséquences dramatiques de ces binge drinking (de l’argot anglais « cirque », soit une « façon de boire anarchique et chaotique »), Georges Picherot, chef de service des urgences pédiatriques au CHU de Nantes, témoigne : « Depuis environ cinq ans, les défoncés à l’alcool sont de plus en plus nombreux à échouer aux urgences. Et de plus en plus jeunes. On reçoit des enfants de 12 ans à 14 ans, en plein après-midi. Aucune dimension festive à leur conduite. »

Expression violente d’une détresse que l’on devine immense, pour des ados qui ne peuvent se faire entendre mais se font voir par leur comportement ? Serge Hefez, psychiatre, psychanalyste et thérapeute familial, place l’intoxication alcoolique des ados dans le registre de la « tentative enfantine de soin » : « Les adolescents qui vont mal prennent un produit pour atténuer leur malaise. L’alcool est désinhibiteur, tranquillisant. » Et quand on est adolescent, travaillé par la sexualité, mal dans sa peau, « l’alcool modifie le champ de perception extérieure et intérieure » : les garçons se sentent invincibles (35,6 % des jeunes de 18 à 24 ans tués sur la route le sont à cause de l’alcool), les filles irrésistibles.

Des parents désorientés

Quelques chiffres

27,5% des collegiens, 53,3% des lycéens et 65,9% des étudiants ont déjà été ivres au cours de leur vie.

Les parents de Vincent ont réagi comme ils pouvaient, chacun à sa manière… « Vincent allait mal, grossissait, il avait des réactions bizarres à propos de ses erreurs, de ses choix, raconte Annick, sa mère. Sa première année à l’ESC a été catastrophique. Il est passé d’années de prépa où les élèves sont très entourés, sécurisés, à une fête permanente et artificielle, seul avec les autres étudiants. »

Vigilante, Annick a ouvert le dialogue. Elle a mieux compris les doutes et les angoisses de son fils pour son avenir, et que s’il boit, c’est aussi pour s’intégrer à la communauté étudiante, pour « être cool »… « Si Vincent avait été vraiment alcoolique, il aurait été dans le déni total, analyse-t-elle. Ce n’était pas le cas. Il a admis le problème, j’ai pu le mettre en garde. »
En revanche, son père a minimisé les choses, n’y voyant qu’un acte banal de l’adolescence, sur fond de : « On a tous connu ça… moi aussi ! » Annick en est convaincue : « Les parents ne sont pas innocents dans ces histoires. Nous aussi, on boit le week-end, pour faire la fête… Alors que l’on sait que le modèle parental est très important. »

Pourtant, peu de parents s’alarment. Ces conduites d’intoxication ponctuelles ne leur font pas peur. « Les adultes ne perçoivent cette alcoolisation que comme initiatique », déplore Georges Picherot. Ils ne voient dans ces binge drinking qu’un rituel de plus de passage à l’âge adulte, au même titre que les piercings, les baggies, les heures passées sur le portable, les provocations verbales ou le mutisme. Serge Hefez insiste : « L’alcool n’inquiète pas beaucoup les parents. Pourtant, il s’agit de toxicomanie »… Même s’ils n’en abusent qu’une fois par semaine. Or, accepter de voir l’alcoolisation de ses enfants, c’est se poser la question de sa propre addiction à la boisson ou à d’autres substances, et c’est difficile.

L’écran de fumée du cannabis

Les idées clés
  • Trop de pression : société de compétition oblige, étudiants, lycéens, et même collégiens sont pris dans le stress de la performance. Pour décompresser, ils ingurgitent de grandes quantités d’alcool en des temps records.
  • Pas assez de vigilance : au nom d’une pseudo-tradition (« l’alcool, c’est culturel »), nombre de parents prennent à la légère les risques réels d’addiction chez leurs enfants.

« Mon fils de 17 ans et ma fille de 16 boivent avec leurs copains pendant nos absences du week-end, raconte Serge, comptable. Ce n’est pas grave, on a tous picolé un jour ou l’autre, mais j’ai quand même acheté un éthylotest au cas où… Et puis ce qui est rassurant, c’est qu’ils ne fument pas de joints ! »

Quand des adolescents sont envoyés chez un psychiatre ou un psychologue par leurs parents, ils y vont avant tout pour leur consommation de cannabis, qui fait écran (de fumée) à un éventuel abus d’alcool. Selon les spécialistes de l’adolescence, cette attitude est culturelle : le cannabis, comme toutes les drogues, est un produit « extérieur », importé de l’étranger et interdit, alors que l’alcool est un produit « intérieur », produit en France et intégré dans nos usages…

Si les « défoncés » du samedi soir ne sombrent pas tous, loin de là, dans la dépendance, ils n’en garderont pas moins une fragilité. Tout dépendra en fait de leur histoire personnelle et familiale. Car l’alcoolisme des jeunes est à la fois notre miroir et l’expression pervertie de notre amour. Quand une dépendance pathologique à l’alcool s’installe chez un adolescent, on retrouve toujours un problème d’alcool ou d’addiction dans la famille, associé à de graves difficultés relationnelles dans l’enfance, quel que soit le milieu social. « Il y a des enfants qui aiment tant leurs parents qu’ils se précipitent dans la même détresse pour les rencontrer, pour ne pas couper le lien avec eux », observe le psychiatre et psychanalyste Maurice Corcos.

Serge Hefez suggère même que la perte du lien infantile au moment de l’adolescence, nécessaire mais insupportable pour certains, peut être remplacée par une addiction. « Comme si dépendre d’un objet était préférable à vivre sans lui… C’est une dépression qui ne peut pas dire son nom. » Une raison de plus pour accepter d’y voir clair…

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